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HUMOUR


Paul Itolog

Pourquoi il faut préférer l’américanoanglais
comme langue européenne


- Parce que c’est une langue très facile.

Si les anglophones ont le plus fort taux de dyslexie, ce n’est pas à cause de leur millier de graphèmes et leur cinquantaine de phonèmes qu’on ne prononce correctement qu’après une solide imprégnation de whisky, mais parce que leurs circuits neuronaux ont un défaut héréditaire (bénin) qui leur rend ardue l’étude de leur langue natale, et les empêche d’en étudier d’autres; de toute façon, à quoi bon puisque le Monde entier parle anglais ? Il paraît même que des extraterrestres écoutent la BBC pour améliorer leur accent (selon une info de la NASA) , mais on s’éloigne du sujet.

Par compassion envers ces handicapés (légers), il faut que nos enfants continuent d’étudier l’anglais en première langue, quitte à freiner volontairement leur progression afin de ne pas humilier leurs voisins. D’ailleurs, nos généreux ados limitent déjà leur niveau d’anglais en terminale, comme nous l’ont confirmé de nombreux professeurs d’anglais, sous le couvert de l’anonymat.


- Parce que l’Angleterre est au bord de la déprime.

Elle ne se remet pas de son glorieux passé colonial et vit à l’ombre de la puissance américaine.
Nous avons longtemps combattu l’Angleterre ; maintenant qu’elle a rejoint l’Europe (si, si, renseignez-vous), nous n’allons pas nous mettre à combattre leur langue, même pour le bicentenaire de Napoléon... Faisons un effort pour la Paix mondiale et pour le moral de ces anciens maîtres du monde un peu nostalgiques.


- Pour soutenir économiquement certaines villes anglaises sinistrées par le déclin industriel.

Envoyons nos enfants faire la nounou, logés nourris (?), pour apprendre les idiomes et faire les idiots, avant de revenir avec un tatoo à la fesse et un piercing dans le nez (dans le meilleur des cas...) Multiplions les séjours linguistiques, les stages de perfectionnement, les troisièmes cycles en Angleterre, et tant pis pour la Grèce, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Europe Centrale, etc. Tous ces pays auront la satisfaction d’avoir sauvé l’économie anglaise.

De même, réservons les meilleurs postes européens aux "native english speakers." Un "mother tongue" serait-il meilleur qu’un "french kiss" ?

Un bienfait n’est jamais lost, God nous le rendra (I want my money back ! comme disait Thatcher à l’Europe).


- Pour soutenir l’économie étasunienne.

Leur train de vie n’est possible que parce qu’ils vivent à crédit sur le reste du monde, tant leur endettement est monstrueux (6% du PIB.) Mais comme ce sont les gendarmes du monde, et que grâce à eux tout va bien, cette sécurité a un prix : il nous faut payer leurs services; Ce ne sont pas quelques fusils à un coup amenés par La Fayette et une malheureuse statue de la Liberté offerte par la France, ou une colossale amende infligée au Crédit Lyonnais par les gourmands avocats américains qui vont payer tous les frais occasionnés par le débarquement de 44, la paix en Yougoslavie, la paix au Moyen-Orient, et la paix en Afghanistan ou en Irak.

Nous avons une dette morale, à payer en pétrole, en dollars comme le fait la Chine, ou (pour les plus modestes d’entre nous) en soutien massif à l’anglais international.


- Pour soutenir l’édition anglo-saxonne.

Vous n’ignorez pas qu’Hollywood (pas le chewing-gum, l’industrie cinématographique) produit les meilleurs films du monde, les meilleures séries télés, les meilleurs shows etc. De toute façon ce sont les meilleurs. Du coup, leur population achète peu de livres et ne lit plus guère que les titres.

Aussi, pour soutenir leurs éditeurs et leur culture, achetons très cher des dictionnaires, des lexiques bilingues, des méthodes audiovisuelles sur l’anglais en dix minutes, le basic-du-business, le basic-science, et le dernier né : le basic-basic (un abrégé de basic english).


- Pour l’amour-propre des jeunes Anglais.

Vous n’ignorez pas qu’ils ne sont guère séduisants. Même s’ils s’imaginent volontiers comme des hommes virils, forts et velus comme James Bond, capables de tomber les femmes sans les attacher ou les fesser selon les préceptes de "l’éducation anglaise", force est de reconnaître que le gentleman anglais pubère moyen est un peu coincé, voire pâle (le soleil est anglophobe) et parfois même boutonneux, paraît-il. Bref, il ne brille que par la coupe de ses costumes.

Continuons donc de leur envoyer nos plus belles Italiennes, nos plus dansantes Espagnoles, nos plus élégantes Françaises, nos Hollandaises les plus girondes et nos Allemandes les plus naturistes, et tant pis pour les adolescents européens... God nous rendra nos vierges au paradis, comme pour les terroristes islamistes. Quant aux grincheux qui eussent préféré courtiser leurs demoiselles sur les plages de la Méditerranée, qu’ils gardent donc leur self-control. Ce sont des fainéants : rien ne les empêche d’aller perfectionner leur anglais lamentable auprès des petites Anglaises en s’inscrivant eux aussi à des séjours linguistiques.

Et c’est ainsi toute notre belle jeunesse qui, à chaque congé scolaire, s’en va faire la plonge en Angleterre plutôt que les vendanges au Sud, et part claquer dans les quartiers chauds de Londres tout son argent de poche, des euros durement gagnés par leurs parents... Mais bon, la solidarité envers les handicapés (les Anglophones) est un devoir citoyen dont nous devons être fiers.


- Favorisons la recherche américaine.

Tout le temps que nos chercheurs passent à perfectionner leur anglais scientifique est autant de gagné pour les chercheurs américains, lesquels perdent déjà un temps fou, les pauvres, à chercher des financements privés pour leurs labos de pointe. Ainsi tout le monde est à égalité, c’est une question de fair-play.


- Pour faire des économies.

La France n’a plus un radis pour les lycées français à l’étranger ainsi que pour les actions culturelles... De toute façon, les élites locales préfèrent envoyer leurs enfants apprendre l’américain, alors... On imagine les dialogues cornéliens dans ces familles déchirées entre leurs anciennes allégeances et la triste réalité :

- Mon fils, il te faudra choisir entre le français, ceux qui nous achètent beaucoup de bananes et un peu de pétrole, ou l’anglais, ceux qui nous achètent quelques bananes et beaucoup, beaucoup, beaucoup de pétrole, qui sont très très forts, et qui ont beaucoup de billets verts.

- Oui, papa, mais les billets verts, ça s’appelle des dollars, j’ai appris ça à l’école française !

Inutile de financer des classes qui se vident : fermons toutes les missions françaises et rapatrions le personnel enseignant dans les ZEP.


- Pour la santé mentale des Étasuniens.

Pensez que la majorité de la population étasunienne ignore qu’ils y a des milliers de langues dans le monde ; pensez que le doublage n’existe qu’à New-York (ce chancre mondialiste de l’Amérique) et qu’on y tourne systématiquement des remakes des succès étrangers. Aussi croient-ils fermement que tous les films sont faits à Hollywood, qu’ils sont ensuite exportés vers des contrées lointaines où des autochtones émerveillés échangent des DVD contre du pétrole et s’assoient ensuite dans une case pour les regarder sur une télé alimentée par un groupe électrogène, une canette de coca dans une main, du pop-corn au beurre de cacahuète dans l’autre (d’accord, j’exagère un peu, même un Américain moyen ne met pas de beurre de cacahuète dans son pop-corn, je crois que c’est du ketchup).


Imaginez le traumatisme pour ces gens simples, s’ils découvraient brutalement l’existence de l’espéranto, une langue facile, logique, précise et même amusante. Ils ne s’en relèveraient pas. Ce serait un choc mental, un désastre économique, la nouvelle crise boursière mondiale.

Aussi, soutenons les États-Unis, ce colosse aux pieds d’argile, et apprenons l’anglais dès la maternelle.


- Last but not least :

En réponse aux demandes des espérantistes d’introduire l’espéranto en option au collège ou au primaire, le Ministère de l’Éducation Nationale répond souvent, choqué d’une telle inconscience :

“Vous n’y pensez pas ! Il est hors de question d’expérimenter sur le cerveau de nos enfants ! On essaie déjà sur eux l’enseignement précoce de l’anglais”.


Nota : signez la pétition pour faire écouter à nos foetus les sons de la langue anglaise (à partir du troisième trimestre seulement, par manque de professeurs qualifiés).

Nous exigeons que les salles d’accouchement diffusent exclusivement des chansons anglaises, selon la théorie de "l’imprégnation" (reconnue par un prix Nobel). Les quelque 80% actuels de chansons anglaises à la radio sont notoirement insuffisants, comme le confirment de nombreux experts anglais aussi bien qu’américains, c’est-à-dire les meilleurs !


Esperanto