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SCIENCE-FICTION


1. Pourquoi cette rubrique ?


- Si vous souhaitez découvrir ce genre littéraire, vous y trouverez un choix de romans et de quelques nouvelles, en une liste représentative du genre faite de classiques et d'œuvres plus récentes, accompagnée d'indications sur le thème ou sur l'auteur.

- Si vous êtes déjà un lecteur de SF, peut-être pourrez-vous confronter vos préférés avec cette liste, et avoir ainsi peut-être de nouvelles envies de lecture. Et si vous êtes un jeune lecteur de SF, passionné de cybermondes et de nanotech, j'espère que vous découvrirez que de vieux romans ou nouvelles, écrits avant Pacman(!), gardent de quoi faire rêver, comme les trois mousquetaires ou Jack London.

Bien entendu, comme toute sélection, ce choix ne prétend être ni exhaustif ni même à l'abri d'une injustice envers des livres absents que vous auriez aimé, d'autant plus que nous sommes loin d'avoir tout lu !


2. Qu'est-ce que la science-fiction ?


Rude question !

La réponse simple : une histoire située dans le futur, avec quelques extrapolations sur ce que la science pourrait changer à notre vie quotidienne ou dans la société.Au bout du compte, comme toute littérature, la SF parle plus de nous-mêmes que des extraterrestres... ce qui finalement paraît logique vu le peu de gens qui pu les rencontrer ! Encore que... mais chut ! Secret défense.

La réponse de Frederik Pohl : "C'est cette chose que les gens qui savent ce qu'est la science-fiction désignent en disant c'est de la science-fiction."

Celle de Norman Spinrad : "C'est tout ce qui est publié sous le nom de science-fiction."

D'autres disent que la SF a toujours existé, et que nombre d'auteurs classiques ont écrit des utopies, des extrapolations ou des fantaisies. Et si Ulysse n'a pas rencontré de martiens ou d'extraterrestres, Circée, les sirènes ou le Cyclope avaient tout de même un petit côté inhumain !

De même, on pourrait soutenir que le classique et mondialement connu Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, chef d'œuvre de l'humour noir et de la satire (des conflits entre pays et des guerres de religion, entre autres), est à la frontière de la fantasy et de la SF : la fantasy par le peuple des nains et celui des géants et le niveau technique médieval, et la science-fiction à cause de l'île volante de Laputa, encore impossible à construire maintenant ! Quant aux Houyhnhnms, s'ils ne sont pas au sens strict des extra-terrestres, puisque habitant une île inconnue, il s'agit néammoins d'une autre race pensante, en apparence plus sage que l'humanité.

De même, Dino Buzzati, l'auteur du génial Désert des Tartares, dans son roman L'image de pierre (pas encore lu), parle de la création par les scientifiques militaires d'une machine à laquelle ils ont pu insuffler une âme humaine, Intelligence Artificielle avant que le terme soit adopté par la SF.

Mais dans l'acception usuelle du terme SF, cela désigne un genre qui est né en 1926 avec la création du premier magazine spécialisé Amazing stories, puis en 1930 Astounding stories, avec son "Àge d'or" sous la direction de John Campbell dans l'après-guerre.


Une remarque sur la science dans la SF (qui pourra être contestée) :


Contrairement à une idée assez répandue, la SF n'ouvre pas réellement les champs scientifiques du futur, mais extrapole à partir des percées actuelles de la science. Bien sûr, je ne parle pas ici des manipulations de soleils, portes des étoiles, failles spatio-temporelles et autres merveilles inaccessibles, mais des thèmes (presque des modes) qui succèdent à de surprenantes découvertes scientifiques. Quelques exemples :

- Il semble que même les visions de Jules Vernes telles que le sous-marin étaient en germe dans la science de son époque, même si l'information alors circulait moins.

- La robotique et son dérivé SF, l'intelligence artificielle ; le décalage temporel prévu par Einstein et exploité dans "la Planète des singes" ; le clonage humain, rendu imaginable par les recherches sur le clonage animal ; les nanotechnologies, très présentes en SF depuis que les modèles théoriques ont pu être confirmés par l'expérimentation ; les trous noirs, qui depuis leur découverte n'ont cessé de stimuler l'imagination des auteurs ; l'incroyable développement de l'informatique et des réseaux qui ont permis toutes les extrapolations.

C'est finalement logique qu'une percée scientifique totalement inattendue ouvre à la SF tout un monde ; cela n'enlève rien aux mérites des auteurs, et renouvelle un genre qui ne pouvait pas en rester aux trois lois de la robotique d'Asimov, même si elles ont fait les délices de nombre de fans dans leur adolescence.


Question voisine : les genres dans la SF :


Il faut d'abord mettre à part la fantasy et le fantastique, deux genres dont les frontières avec la SF pure sont souvent floues; d'autant que certains auteurs écrivent dans deux ou trois de ces styles d'histoires.

- La fantasy (heroic fantasy), terme dont je n'ai pas trouvé de traduction dans les dicos français ni d'expression québécoise (sinon indiquez-le moi dans le livre d'or), désigne une histoire dans un contexte préindustriel moyenâgeux, pleine de personnages évoquant lutins, gnomes et autres farfadets (le plus célèbre Le Seigneur des anneaux de Tolkien, auquel nombre de sagas doivent beaucoup, et exemple plus récent : plusieurs sagas d'Anne McCaffree ou d'Orson Scott Card, de Robin Hobb et Elisabeth Hand, David Eddings.)

- Le fantastique (ex. : Stephen King, Dan Simmons, Dean Koontz, A.Rice, etc...) genre très riche et très demandé actuellement.

Pour la SF proprement dite :

- La hard fiction : nombreuses descriptions techniques ou scientifiques, exactes ou plausibles dans le futur, compte tenu des connaisances à l'époque où l'auteur les a écrites (ex. : Arthur Clarke et G. Benford, et aussi Larry Niven, David Brin, Stephen Baxter)

- Cyber-punk : société extrêmement informatisée, urbaine, dure. Genre très développé actuellement (on considère habituellement que le premier chronologiquement fut l'américain W. Gibson).

- Space opéra : aventures galactiques et grand spectacle, genre auquel on peut rattacher les "Livres univers", ce qui est plutôt un qualificatif que réellement un genre (par exemple Dune ou Hypérion.)

- Steampunk ou Uchronie (enfin un mot français !), "reconstruction historique fictive à partir de faits réels"dixit à peu près le dico Larousse (ex. : Les Allemands ont envahi l'Angleterre de Len Deighton, le plus romantique des auteurs de romans d'espionnage.)


3. Autre question voisine : la supposée mauvaise qualité littéraire de la SF, qui a souvent eu mauvaise presse.


Ceux qui, dans le passé, ont adressé cette critique à la SF, avaient la manie de ranger tous les romans ou nouvelles biens écrits dans la littérature classique, sur le ton de : "mais ce n'est pas de la SF, c'est un bon roman !"

Cela a été dit par exemple au sujet Des fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes, ou Chroniques martiennes de Ray Bradbury.

Autre exemple : Le Dernier Rivage, de Nevil Shute, publié hors SF, raconte la fin du monde après un conflit atomique; l'équipage d'un sous-marin nucléaire rejoint l'Australie, "dernier rivage" touché par la radioactivité. Roman poignant qu'on espère demeurer de la fiction ! (très bien adapté en téléfilm)

L 'auteur canadien Margaret Atwood, qui a lu enfant de la SF (tant mieux pour les lecteurs!), a obtenu le Booker Prize pour Le tueur aveugle, à la fois fresque historique, saga familiale et SF (pour un récit dans le récit). Et La servante écarlate. Elle a brillamment renoué en 2005 avec le genre, avec Le dernier homme, à juste titre loué par la critique. Pour éviter le sigle SF, on parle de chef-d'œuvre d'anticipation, de pamphlet politique !

De même, J-C. Ruffin vient de sortir Globalia, publié hors SF, une fable sur un futur proche presque parfait qui est pourtant une sorte de démocratie totalitaire, est ouvertement inspiré de 1984 d'Orwell, en plus humoristique, et pourrait être qualifié de très bonne sciences-sociales-fiction. Pourtant, l'auteur a bien pris soin de faire savoir que ce n'était pas de la SF, mais plutôt dans la veine de Voltaire et Boris Vian, craignant probablement l'ostracisme dont souffre la SF, business oblige.

Personne ne conteste non plus la qualité littéraire de Dan Simmons, qui réussit avec autant de brio dans la SF ou le fantastique.

Encore moins pour le père de la SF, qui est un des auteurs les plus lus après la Bible : Jules Verne !

Pourtant, force est de reconnaître qu'un habitué de la littérature qui se risquerait à lire de la SF en se fiant au qualificatif de "chef d'œuvre", si fréquent en quatrième de couverture, tomberait de haut... certains romans sont vraiment imbuvables - pardon : illisibles.

À notre avis, la particularité de la SF vient du fait que ses lecteurs peuvent aimer un roman pour d'autres raisons que sa qualité littéraire proprement dite : richesse de l'imagination, délire futuriste technologique, quête initiatique et aventures, exotisme galactique, etc... bref, pour tout ce qui en fait de la SF !

Le qualificatif de littérature enfantine, souvent attribué dans un sens péjoratif à la SF, est peut-être justifié. Après tout, revendiquons le droit de rester de grands enfants, c'est plus amusant que de regarder un match de foot, et il y a toujours l'espoir de tomber sur une pépite.

Ce qui explique que certains romans qui rebutent critiques et lecteurs classiques par leur style médiocre soient toujours lus, réédités dans les collections spécialisées.

Saluons également Michael Cunningham, mondialement reconnu (et prix Booker Prize pour Les heures), dont la troisième et dernière histoire de son roman Le Livre des jours (2005), est totalement SF, « dans un futur lointain, un androïde et une extraterrestre tentent d'achapper aux abords malsains de Central Park ». Une sorte de « road movie » improbable entre un androïde qui a bien des problèmes, et un extraterrestre du genre fouine intelligente qui en a tout autant ; ce n'est que progressivement, à mesure qu'ils nouent une étrange relation, qu'on en apprend davantage sur la nature de leurs problèmes, et leurs motivations.

Quant aux éditeurs, ils ont tendance à abuser du qualificatif de "chef d'œuvre" dans la quatrième de couverture, commerce oblige !


4. Quelques références :


- Les maîtres de la SF, par Lorris Murail, aux éditions Bordas (1993) : petite encyclopédie très intéressante, mais qui s'arrête en 1993.

- Du même auteur, La Science-fiction aux Guides Totem des éditions Larousse (1999), qui reprend pratiquement le texte précédemment paru chez Bordas, mais traite aussi de la SF dans le domaine de la BD, de la télé et du cinéma. La Science-Fiction (2001) de Millet et Labbé, analyse thématique de la SF.

- Il a existé une rubrique SF dans la revue "La Recherche" (de M. Pebereau), une dans la revue "Lire" (d'Alain Grousset, qui attribuait facilement trois étoiles, mais c'est la rançon de la passion), et dans "Magazine Littéraire" (de Philippe Curval), mais force est de reconnaître qu'actuellement, c'est en ligne qu'on trouvera le plus de renseignemetns et de critiques récents. Ma préférence allant au site Le cafard cosmique - auquel je ne participe pas.

- Je connais mal le domaine des revues spécialisées en SF, qui publient de nombreuses nouvelles, ainsi que celui des fanzines, et donc je vous renvoie sur ce sujet aux encyclopédies citées ou aux nombreux sites perso sur la SF, dont :

Site Quarante-deux : doc, infos, critiques

Site "Fred SF web" dont les critiques sont intéressantes et mesurées. En outre, il offre une particularité utile pour les mordus : les parutions à venir selon le calendrier des éditeurs.

Site Le cafard cosmique, dont les critiques sont fouillées, soignées et documentées, et m'ont paru aller dans le même sens que mes goûts, si j'en juge par quelques romans que j'ai lus. De plus, ils n'hésitent pas, au besoin, à égratigner un roman, mais en justifiant leurs critiques (par exemple le dernier Resnik).

- Science-fiction soviétique par Léonide Heller, collection Le livre d'or, éditions Presses Pocket

- Les mondes parallèles de la science-fiction soviétique par Jacqueline Lahana.

- Passeport pour les étoiles, un récent guide de lecture, en poche, de Francis Valéry, un auteur français de SF deux fois primé, qui présente une sélection de plus d'une centaine de titres accompagnés d'une présentation critique des auteurs et de l'œuvre.


5. Les prix littéraires :


Les prix Hugo et Nebula sont de bons indicateurs de qualité mais peuvent aussi être décevants, et surtout je crois qu'ils ne sont décernés qu'à des auteurs anglo-saxons : le prix Hugo par des fans (choisis comment ?) et le Nebula par des écrivains (S.F. Writers of America).

En France : prix Apollo (par des spécialistes français), Grand prix de la SF Française, remplacé depuis quelques années par un prix élargi au fantastique et aux auteurs étrangers, le Grand Prix de l'Imaginaire.

Prix Cosmos 2000 et Verlanger.


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