Russie Russie virtuelle

HUMOUR


M.Zadornov

Le business russe,
ou La huitième merveille du monde


C'est étonnant combien notre peuple s'est révélé doué pour les affaires. Sans blague ! Le pays qui ne produit rien occupe la première place mondiale d'après le nombre de places boursières. C'est la deuxième la plus grande impertinence de notre peuple après la révolution d'Octobre.

- Dites, votre société anonyme vend en Occident. Et qu'est-ce que l'Occident nous achète ?

- Ce que nous fabriquons mieux qu'eux : les copeaux de fer, la sciure de bois, les éclats de verre.

Personne n'aurait jamais cru nos gens si dégourdis et si prompts !

Il est interdit de vendre l'aluminium en Occident en tant que matière première - ils ont imaginé de vendre des cuillères en aluminium. Et si en plus le bois est interdit d'exportation, ils emballent chaque cuillère dans une boîte de la taille d'un cercueil.

On manque de bouteilles pour la bière - ils ont eu l'idée de mettre la bière dans des poches en plastique. L'avantage est double ! Avant, les mecs se soûlaient avec de la bière et se défonçaient le crâne avec les bouteilles. Maintenant ils boivent quelques poches, les gonflent, se donnent des coups sur le front et rentrent à la maison. Sans bleus ni traumatismes.

On considérait plein de choses comme huitième merveille du monde : la Tour Eiffel, Notre-Dame de Paris, Venise... Maintenant c'est de notoriété publique: la huitième merveille du monde - c'est le business russe !

Une multinationale a même réussi à vendre au Panama nos couvertures chaudes. En plus, les Panamiens eux-même n'arrivent toujours pas à comprendre, à quoi bon acheter ces couvertures chaudes, puisque leurs poules pondent les oeufs durs même la nuit.

Qui est-ce qui a commencé à parler de la dégénérescence de notre peuple ?

Il y a dix ans, un fonctionnaire du Ministère de l'intérieur s'exprima à la télé. Il dit : "Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de talents en Russie. Il y en a. Beaucoup. Mais ils sont tous en prison." Après ils ont montré un type qui en prison a inventé comment fabriquer des faux billets. Il a passé sept ans en prison, et personne n'a pu trouver l'appareil. On lui a posé la question le jour de sa sortie - il l'a mis dans la porte de sa cellule. On ouvre la porte, et un billet de dix roubles tombe du chambranle. On ferme la porte, et on a un billet de 25 roubles. C'est un génie ! On l'a admis. On a félicité le type. Et rajouté 5 ans de prison !

C'est ça la raison de l'expansion de notre business. Les talents sont sortis de prison pour aller où ? Dans les affaires et les structures. Celui qui a passé dix ans en prison est devenu président, celui qui y a passé cinq ans est devenu vice-président. Pourtant, dans le business sont arrivées plus de personnes du Comité central du Parti que des prisons. Alors qui sont nos commerciaux ? Ex-cocos et ex-taulards !

Et les étrangers n'arrivent pas à comprendre comment il est apparu autant d'hommes d'affaires russes en chaussures non cirées, avec des cravates qui ressemblent à des oreilles de chien déchirées, et avec des gueules du parti exactement comme sur l'affiche "Tu t'es inscrit comme conducteur de bus ?" Et chacun d'eux est capable de calculer sans ordinateur, de tête ou à la limite avec un boulier, combien il aura de bénéfices en vendant en Chine deux chalands de caoutchoucs en échange des briques qu'il utilisera dans un kolkhoze acheté avec un prêt qu'il a contracté dans une banque en échange du pot-de-vin de la valeur du meilleur tableau qu'il a vendu au Louvre, appelé "Boudionnyï avec sa cavalerie au chevet de Gorki malade" d'un ex-comité du parti régional.

Voilà le mystère de la huitième merveille du monde.

Quelqu'un confectionne les casquettes portées par Lénine.

Un autre a appris au chat Garfield à signer les factures.

Un autre encore vend les toiles du Titien. Il jure qu'elles sont authentiques, car il les a achetées au Titien en personne.

Les gars d'une autre multinationale russe ont réussi a acheter des peaux chez les aborigènes du Nord contre des billets de loterie périmés, en expliquant que ce sont les nouveaux billets de banque russes.

Quelqu'un d'autre a mis sur pied une production commune de parfum France-URSS. Le parfum est français, la bouteille est nôtre - de lait.

Où qu'on regarde - partout le business !

Sur les bus il y a plein de pubs de voyage en Grèce pour 2000 dollars. Comme si les gens qui sont dans ces bus pouvaient aller en Grèce pour 2000 dollars !? S'ils peuvent y aller, alors c'est uniquement dans ces bus.

- Dites, vous êtes président d'une société anonyme. Croyez-vous qu'aujourd'hui les affaires sont utiles pour notre peuple ?

- Bien sûr. Récemment nous avons échangé un de nos sous-marins pour 150 seringues d'usage unique au Zimbabwe. Même le kolkhoze où je suis né a eu deux de ces seringues. Les kolkhoziens nous en sont très reconnaissants, ils les utilisent depuis déjà deux ans. Et au Zimbabwe, elles avaient auparavant servi seulement trois mois.

Mais la plus grande conquête de notre business - c'est la pub !

"Si vous déposez votre argent dans notre banque, vous n'aurez qu'un seul problème - comment le retirer !"

Notre peuple a supporté les Allemands, les Polonais, les Tatars, les communistes ; il ne lui reste qu'une seule épreuve - celle de notre propre business. Si après ça il nous reste ne serait-ce qu'un peu de souches, de copeaux, d'éclats et d'ordures, alors nous pourrons dire sans crainte : "Que tu es riche, Russie la misérable !"