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HUMOUR


Paul Itolog

Les trois petites cochonnes


Maman cochon vivait heureuse avec ses trois petites cochonnes, mais un jour vint où elle dut leur dire :

- Mes filles, il est temps pour vous de partir en vacances toutes seules, votre père et moi-même souhaitons nous retrouver un peu, et je ne vais pas passer le mois d'août à vous faire des nouilles et des frites comme l'été denier ! Il est temps pour vous de découvrir le vaste monde : vous avez le choix entre les scouts ou le Club Méd'...

Le coup était rude, mais elles sentirent la sagesse de cette décision et choisirent rapidement le club de vacances, après avoir négocié à la hausse le montant de leur argent de poche.

La première petite cochonne fut logée dans une case en paille, rustique mais très dépaysante après l'hôtel particulier de ses parents : c'était l'aventure ! Le soir venu, un loup, plutôt bien de sa personne, décontracté et souriant, genre play-boy, s'en vint à sa fenêtre lui conter fleurette :

- Petite cochonne, tu es nouvelle ici, veux-tu m'ouvrir ta case pour que je te raconte tous les bons plans de ce lieu magique ?

- Laisse-moi tranquille, je viens effectivement d'arriver et j'ai besoin de me reposer.

- Ta case de paille m'a l'air bien fragile, il suffirait que je souffle très fort dessus pour que la porte s'ouvre...

La petite cochonne sentit une menace voilée dans ces propos et s'enfuit par l'autre fenêtre jusque chez sa soeur, à qui on avait attribué une case en bois. Mais le loup qui l'avait suivie sans hâte en sifflotant d'un air joyeux que ces deux cochonnes semblaient tendres et bonnes à croquer, apparut soudain à nouveau à la fenêtre.

- Petites cochonnes, leur dit-il, ne voulez-vous pas que je souffle, souffle encore et encore sur votre peau de cochonne jusqu'à ce qu'un frisson y apparaisse ?

- Vas t-en, stupide animal, testicule ambulant ! Ne sais-tu pas conter fleurette aux cochonnes au lieu de les effrayer ?

- Si fait, mais l'inspiration ne me vient que de près... dit-il en tournant la poignée de la porte en bois. En voyant cela, les deux petites cochonnes s'enfuirent par l'autre fenêtre, tandis que le loup les suivait en sifflotant...

Elles se rendirent auprès de leur soeur aînée, la plus maligne, qui dès son arrivée avait exigé une case en pierre. Le loup fit une ultime tentative de séduction :

- Petites cochonnes, ouvrez-moi que nous fassions ensemble des cochonneries...

- Lâche nous, stupide loup, tu es collant, retourne draguer les minettes avec ta queue de loup, ta décapotable et tes raybans!

Le loup se mit en colère, et eut soudain l'idée de monter sur le toit et de descendre par la cheminée. Bien mal lui en prit car le temps qu'il se remette de sa descente brutale, l'aînée lui avait envoyé une giclée de gaz lacrymogène dans le visage (à un dosage prohibé) et ses yeux le brûlèrent si fort qu'il s'enfuit en courant se jeter tout habillé dans la mer. Les trois petites cochonnes, qui ne voulaient pas gâcher leur séjour, ne portèrent pas plainte, pensant avec raison que la leçon avait suffit au loup. Elles firent péter le champagne pour fêter cette victoire, et décidèrent d'habiter ensemble pour le reste de leur séjour.

Elles rencontrèrent au club trois petits cochons avec qui elles firent beaucoup de cochonneries.

Le loup, démoralisé par ces trois échecs successifs, eut finalement une bonne fortune en la personne d'une chienne-loup, sauvage et chaude (grâce à son pelage soyeux). Contrairement aux trois petites cochonnes, elle ne se fit pas prier pour être mangée. Le loup put la faire grimper sur sa cheminée, mais après qu'il fut tombé dans son foyer ardent, sa queue le brûla tellement qu'il dut aller la passer sous l'eau froide et la désinfecter, au cas où, cruelle époque.


Moralité, comme le dit amèrement le loup à ses collègues : "Si on veut faire des cochonneries, il vaut mieux être un cochon, mais une bonne chienne, c'est pas mal quand même."