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HUMOUR


M.Zadornov

Une profession dangereuse


Excusez-moi, camarades, je vais tiquer un peu et parfois même me gratter. Tout ça, ce sont des maladies professionnelles. J'ai une profession dangereuse. Je travaille comme testeur. Je teste les articles de grande consommation. Eh oui, une profession très dangereuse !

Vous voyez la bosse sur mon front ? Là, j'ai testé notre première porte à cellules photoélectriques. Non. Pas de commotion cérébrale. Dans notre unité de testeurs on ne prend que ceux qui ne peuvent en aucun cas avoir un cerveau.

Par exemple, j'ai testé récemment un nouveau lustre soviétique en marbre, avec des plafonniers en granit. Oh là, là, bien des nôtres sont tombés pendant ce test...

Pourquoi je n'ai plus de dents de devant ? J'ai testé des fromages fondus. Et les tics à la tête, c'est parce que j'ai testé un tranquillisant. Il était très efficace ! Je n'ai pris que deux comprimés, et les tics à l'oeil ont cessé immédiatement, c'est à la tête qu'ils ont commencé. Et l'oeil s'est figé définitivement.

Voilà, j'étais très casse-cou dans ma jeunesse. J'ai même testé des médicaments nationaux. Après avoir testé la facilité d'arrachage de notre sparadrap médical, j'ai dû subir une transplantation du talon. Et aussi, je me suis frictionné le dos pendant trois mois avec un remède contre la sciatique. Dans le sens des aiguilles de montre. Maintenant, j'ai honte de me déshabiller sur la plage. Parce que dans le labo, ils se sont trompés et ont rempli le tube avec un stimulateur de la croissance des moustaches. Une belle moustache m'a poussé entre les omoplates ! Sur la plage vu par derrière - un vrai Boudionnyï ! (ndt : héros de la guerre civile 1918; il portait une grande moustache)

Eh oui, qu'est-ce que je n'ai pas testé dans ma vie... Des rasoirs électriques avec des lames de faucheuse, des raviolis à libération prolongée, des bonbons "Lard enrobé de chocolat"... Des pièges à souris fabriqués par une usine militaire dans le cadre de la réalisation du plan quinquennal. Avec les ogives. Et moi, je devais attraper le bout de viande rien qu'avec mes dents, sans les mains...

J'ai même testé les premières bombes nationales au gaz paralysant, pour la défense contre les voyous, et je m'en souviendrai toute ma vie. Ça se passait la nuit. Je me tiens derrière un angle, j'attends les voyous avec ma bombe. En voilà trois qui arrivent... Ils n'ont même pas commencé à m'embêter, et moi, je leur ai envoyé un giclée dans les yeux ! Mais les nôtres ont encore confondu quelque chose, et la giclée est partie en sens inverse. N'empêche, ça m'a beaucoup aidé. J'ai été tellement paralysé que n'ai pas du tout senti la douleur, quand ils m'ont tabassé...

Je ne regrette qu'une chose, qu'il n'y ait personne à qui transmettre mon expérience. Je ne peux pas avoir d'enfants. Je n'aurais pas du accepter de tester le tourniquet à l'entrée du métro, où ils ont oublié de monter les cellules photoélectriques...

Voilà quelle est ma profession, indispensable aux gens. Dangereuse, mais indispensable. Parce que sans moi, c'est vous qui n'auriez pas pu avoir d'enfants depuis longtemps !

La seule chose que je ne comprends pas - de qui vous vous moquez ? Est-ce que je suis le seul testeur par ici ? Et vous-même, vous ne vous êtes jamais baigné dans la Mer Noire ? N'avez-vous jamais roulé sur une autoroute qui ressemble plutôt à une planche à laver, dans des voitures dont le pot d'échappement aboutit dans l'habitacle ? N'avez-vous jamais mangé dans les avions d'Aéroflot des poulets mal rasés avec des fromages fondus en 1913 dans un four Martin ? N'avez-vous jamais respiré l'air ambiant dans votre ville natale - l'échappement vespéral du trinitilméthyluranéthyldébile ?

Donc, vous êtes tous des testeurs. Nous sommes un peuple de testeurs. Ce n'est pas pour rien qu'on nous répète souvent la même phrase : "Notre peuple a dû subir de terribles épreuves".