Russie Russie virtuelle

HUMOUR


Paul Itolog

Le franchiche, langue internationale


Après l'invention du globish, cet anglais simplifié de 1500 mots qui prétend mettre la communication mondiale à la portée de tous, nous devions réagir en tant que Français.

Car enfin, nous n'allons pas laisser le marché du basic langage (langage de base) à nos vieux rivaux, aussi lançons-nous aujourd'hui le franchiche, à la grammaire ultra-simple et au vocabulaire hyper-cool.


Règle 1


Le e marque le féminin, le u marque le masculin, on dira donc sexe (féminin) et sexu (masculin). On insiste par le doublement : uu signe la virilité, ee, la féminité. Un mec sexuu c'est un type couillu, et une meuf sexee, c'est une femme hypersexy.

L'absence de e ou de u indique l'indifférenciation : sex veut donc dire "sexe" (de toute façon, le e ne servait à rien, on avait déjà compris le sens dès la lettre x, j'ai piqué l'idée à nos amis anglais).


Règle 2


Le s marque le pluriel, comme en français, ce qui est relativement logique puisqu'il s'agit de franchiche. Il n'y a pas de mots invariables :

sex, pluriel sexs (au début, ça surprend)
un edelweiss, des edelweisss (bien marquer phonétiquement le pluriel sss, sifflé)
un et cetera, des et ceteras.

Règle 3


Le franchiche accepte la dérivation des mots :

sexo (on joue du sexo avec la bouche)
sexi (sexy, avec une orthographe simplifiée, faut tout vous expliquer ?).


Règle 4


La désinence en a marque l' interrogation, lorsqu'on veut simplifier la ponctuation :

sexa ? veut dire : "qu'est-ce que c'est que ça ?" Ou encore : "tu veux du sex ?"


Afin que le franchiche soit vivant, pratique, réellement utilisé dans les échanges entre touristes et natifs, l'expression orale est plus simple que l'écrit : on peut marquer l'interrogation d'un simple signe du doigt en point d'interrogation (en général l'index en crochet). Par exemple, "quelle heure est-il ?" peut se dire Heure être (doigt en crochet).

Notre modestie naturelle nous oblige à reconnaître tout ce que le franchiche doit à la langue des signes des Indiens native-américains.


Règle 5


Tous les verbes sont à l'infinitif, on va pas s'emmerder avec des conjugaisons. Les temps se marquent - si vraiment on en a envie - par les mots hier (le passé), jourdui (le présent) et demain (le futur, mais vous aviez sans doute compris le principe).

Ça donne : moi vouloir sex jourdui. Facile, n'est-ce pas ?
Et au passé : moi vouloir sex hier.
Si on tient vraiment à préciser que c'était hier, le jour d'avant, que cela se passait : hier, moi vouloir sex hier.
Plus difficile, le futur dans le passé (futur antérieur) : moi vouloir sex hier demain (en pratique, c'est un temps peu usité).


Les locuteurs expérimentés pourront pratiquer l'élision : hier, jourdui, demain s'écriront respectivement h, jd, dm, ce qui donne dans notre exemple : moi vouloir sex jd (je veux faire l'amour aujourd'hui).

Facile, non ?


Règle 6


L'impératif se construit en ajoutant à l'infinitif l'affixe Va ! (sans le point d'exclamation).

Le célèbre vers du Cidre "Va, cours, vole et nous venge !" devient en franchiche :
Vaaller, Vacourir, Vavoler et Vavenger nous !


La marque de l'impératif peut s'utiliser indifféremment en préfixe ou en suffixe, on peut donc également dire :

AllerVa, courirVa, volerVa et vengerVa nous !
(Nota : la majuscule permet de repérer facilement la césure affixe/verbe).


Autre exemple : "Casse-toi, tu pues !" devient :
Vapartir, toi puir !


"Va aux toilettes faire la grosse commission" devient :
Vachier !
Mais bien évidemment, pour éviter la regrettable confusion sémantique avec cette insulte classique bien française, on préfèrera l'utiliser en suffixe : ChierVa !


De même “Où puis-je trouver un voyagiste sexuel ?” (fucking tour operator) devient Vouloir sextour !


Certains lecteurs pourront trouver cet exemple quelque peu trivial, mais nous pensons - loin de la retenue so british de l'inventeur du globish - qu'une langue doit être adaptée à la nature humaine et non l'inverse. Or, le tourisme sexuel représente une part importante du tourisme mondial, nous rejetons donc toute hypocrisie et choisissons clarté, précision, pragmatisme, efficacité à l'américaine.


Règle 7


Le conditionnel se construit sur les mêmes règles que l'impératif, mais avec l'affixe Yaka.
Ainsi, "Il faudrait partir tôt demain" devient Yakapartir tôt demain.

"Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait" devient Jeuness Yakasavoir, vieilless Yakapouvoir (remarquez l'élision du e de “jeunesse” et de “vieillesse”pour marquer le neutre).

Ce temps remplace également les subjonctifs présents, passés et plus ou moins parfaits.


Règle 8


Affixe augmentatif : hyper (hyper-cool, hyper-bonne, hyper-classe, etc.)


Affixe diminutif : mini (le monde entier connaît la mini-jupe, facile donc). "Fourchette" se dira minifourche. "String", cet horrible anglicisme, se dira mini-culotte.


Règle 9


Le vocabulaire de base du franchiche, qui sera progressivement complété jusqu'à environ mille mots :


sex (voir plus haut)
pain
vin
fromage
beret (béret, chapeau, casquette, couvre-chef)
french kiss
frites
minimeufs de France (petites femmes de Paris)
champagne
café
thé
argent


Une fois le franchiche adopté comme langue de communication mondiale - en concurrence directe et libérale avec le globish, ce qui provoquera une saine émulation - un touriste pourra déjà se sortir de nombreuses situations avec ces quelques règles et le vocabulaire de base.

Par exemple, quelques heures d'étude suffisent pour formuler des phrases simples :


Moi vouloir acheter pain jourdui.
Moi vouloir voir minimeufs de France jourdui.
Paris sale, cacas chiens partout.


Plus fort encore, le franchiche est une langue agglutinante (règle 10) qui autorise la combinaison de mots.

Moi vouloir painfromage = "Je veux (je désirerais) un sandwich au fromage, s'il vous plaît" (la poiltesse est à marquer par une discrète inclinaison de la tête et du buste, ce qui évite beaucoup de trucs inutiles. J'ai piqué l'idée à l'autre bout du monde. C'est la règle 11.


cheval-fer = train (oui, j'ai pris l'idée aux Indiens)
sex-plastique = capote
Moi avoir sex-plastique, toi vouloir ?


Règle 12


Tout ce qui est simplifiable sera simplifié.


Tout ce qui vole ou se trouve dans les airs est un oiseau, tout ce qui est sous l'eau est un poisson, ainsi de suite. Éventuellement, on peut rajouter des précisions par agglutination :


poisson-fer = sous-marin
poisson-manger = poisson
poisson-dur = crustacé, coquillage
oiseau-fer = avion
oiseaufer-flèche = fusée
oiseau-manger = oiseau (l'homme est omnivore et prédateur, ne l'oublions pas)
oiseau = un machin en l'air, indifférencié.


Règle 13


Quand on ne sait pas quel mot utiliser, on dit schtroumpf, un mot-valise inventé par le linguiste français Peyo, qui peut être adjectif, substantif, verbe ou même adverbe (schtroumpfement).

Exemple :


Tu me schtroumpf(es) les pieds.
Je vouloir verre (de) schtroumpf (montrer du doigt la boisson désirée, et, rappel, incliner la tête par politesse).


L'article est facultatif, de toute façon l'homme-café (le barman) comprendra, il en a vu d'autres.


Il est néanmoins recommandé, pour la clarté des échanges, d'apprendre quelques centaines de mots de franchiche - ou même de français - et de n'utiliser cette possibilité qu'en dernier recours.


Règle 14


Empruntée au globish, qui a lui-même copié les Italiens : ne pas hésiter à faire de grands gestes si l'on est en manque de mot.

Exemple : Va te faire schtroumpf(er) ! accompagné d'un geste du doigt sera immédiatement compris. Parfois même, le geste seul peut suffire, confirmant ainsi les vastes possibilités du franchiche.


Règle 15


Contrairement au globish avec lequel l'humour est impossible aux dires de son créateur, et qui est politiquement correct en déconseillant les gros mots, le franchiche est vivant, coloré, latin, franchouillard ; mauvaise foi et grande gueule seront même la touche exotique qui ravira les touristes et les locuteurs étrangers, le chic français quoi, loin du fuck you et autres fuck off, si vulgaires et usés jusqu'à la corde à force de séries américaines.

La racine de base des gros mots sera le mot con, qui aura de nombreux dérivés : con (neutre), cone (féminin), conu (masculin), conee (garce), conuu (gros con viril), connard (argot français typique), hyper-con (insulte), mini-con (taquinerie), et une combinatoire large : con-sex, sex-con, etc.


Simple, facile, évolutif, doté d'un vocabulaire aisé dont une centaine de mots sont déjà connus dans le monde entier, le franchiche est la langue du futur. Il intéresse déjà de nombreuses télévisions, ainsi que des radios et des journaux nationaux, soulagés de pouvoir cesser de présenter le globish comme la huitième merveille du monde.


Nota : l'auteur est obligé de rester anonyme pour des raisons bassement financières de droits d'auteur, à la suite de quelques emprunts à diverses langues. Dura lex, sed lex.

Tout ce que nous pouvons révéler, c'est que l'auteur peut s'enorgueillir de plus de quarante ans de pratique du français en première langue natale, aussi bien professionnellement qu'à titre privé ; il est donc parfaitement qualifié pour cette tâche brillamment accomplie...


(version russe sur cette page)


Esperanto