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HUMOUR


Anonyme

Le virus, la femme et l'amant


Sergueï et Léna sortaient ensemble depuis un mois, et ce jour-là elle lui permit pour la première fois de la raccompagner à la maison. Ils s'embrassèrent longtemps dans l'entrée. Puis Léna invita Sergueï à prendre une tasse de café. Entrés dans l'appartement, ils passèrent tout de suite dans la cuisine, Léna fit du café, puis ils le burent en fumant et en se regardant dans les yeux. Pas un mot ne fut prononcé, mais ils sentaient qu'aujourd'hui surviendrait ce dont ils rêvaient et qu'ils désiraient depuis leur rencontre.

Quand le café fut terminé, ils continuèrent à se taire, un peu gênés. Mais alors Léna sourit, prit Sergueï par la main et l'emmena dans sa chambre. Il la suivit docilement. Mais au seuil de la chambre il eut un mouvement de recul.

- Qui est-ce ?.. - demanda-t-il avec appréhension en indiquant une silhouette d'homme figée devant un écran scintillant dans le coin éloigné.

- Ça ? Mon mari, - dit Léna négligemment, en regardant avec mépris dans le même coin.

- Tu es mariée ? - demanda Sergueï, abasourdi. - Mais... comment...

- J'ai été mariée. Mais quand on a acheté l'ordinateur, mon mari m'a quittée. J'ai entendu parler d'un virus informatique, et c'est ce virus qu'il a attrapé. Je me couche - il est devant l'ordinateur, je me réveille, je pars travailler - il est devant l'ordinateur. Je ne sais pas s'il dort, s'il mange, s'il va travailler... Bref, il y a des femmes célibataires, et moi, je suis une épouse célibataire. L'unique consolation, c'est les papiers du mariage. Et c'est comme ça depuis six mois.

- Oui, mais, quand même, en sa présence..

- Bof, de toute façon il ne voit rien et n'entend rien. Tu veux t'en assurer ?

Léna régla le son de la télé, de la radio et du magnétophone au maximum, prit dans le buffet un grand vase en cristal et le cassa par terre, jeta sur les éclats un plateau métallique, sauta dessus et fit des claquettes quelques minutes en tenant dans une main une perceuse en marche et en tirant de l'autre main au plafond avec un fusil de chasse. Les voisins tapaient dans les murs de tous les côtés, Sergueï pressait les mains sur ses oreilles, mais la silhouette devant l'ordinateur ne broncha pas une seule fois.

- Alors, compris?

- Ouais, - marmonna Sergueï. - Je n'aurais jamais cru qu'une telle chose était possible !

- Bon, chéri, - sourit Léna. - Excuse-moi, je vais dans la salle de bains, attends-moi ici.

- D'accord, - dit Sergueï. - Pendant ce temps-là, je vais jeter un coup d'oeil pour voir ce qui l'intéresse tant.


La nuit tirait à sa fin, cédant la place au jour nouveau. Derrière la fenêtre, l'aube pointait. Léna se tenait assise dans le lit défait à fumer sans cesse en faisant tomber les cendres dans le cendrier d'un geste nerveux et en essayant de ne pas regarder les deux silhouettes masculines figées dans un coin éloigné de la chambre devant l'écran scintillant de l'ordinateur.